Je viens d'avoir une discussion enrichissante au sujet des animaux humanisés avec le dénommé Fourrure, vétérinaire canin en milieu rural et auteur du blog
http://www.boulesdefourrure.fr/, dont je vous reproduit ci-dessus les propos les plus pertinents.
Pr. Théodose a écrit:
Quelles seraient vos impressions et réactions la première fois où vous auriez affaire à un chien humanisé ?
Fascination, peur, dégoût je pense. Cette espèce de drôle de sensation face à l'impression de braver un interdit, un tabou, même.
Excitation, et répulsion, oui. Disons que la réponse à cette question varie aussi beaucoup en fonction du contexte : ces animaux humanisés, même rares, sont-ils connus depuis un certain temps, et au moins partiellement accepté par l'humanité ? Ou bien viennent-ils juste d'être inventés ?
Je pense aussi qu'il y aurait une sorte de réaction du pudeur inattendue. Quand j'examine mes patientes ou patients, je les examine sous tous les angles. Il n'est pas rares qu'ils se retrouvent avec un doigt dans le derrière ou une inspection des parties génitales, mais même sans parler de ça, je pense qu'il serait un peu gênant de tripoter l'animal comme je le fais habituellement. Il serait intéressant de connaître le point de vue d'un médecin sur ces aspects, la consultation ne se déroule pas du tout de la même façon, en tout cas dans le rapport au patient, et je suppose que ce n'est qu'une question d'habitude, mais...
Pr. Théodose a écrit:
De quelle manière pensez-vous que le protocole de soin serait modifié ? Serait-il rendu plus aisé par le fait que votre "patient" pourrait vous indiquer par lui-même les problèmes dont il souffre ?
Ah, ben on est dans un peu dans ces questions là. Disons que le déroulement de l'examen ne serait pas le même, puisque le patient n'aurait plus à subir sans avoir à donner son avis...
Plus aisé, pas sûr. Les médecins sont particulièrement gênés par les interprétations et le flot d'informations délivrés par un patient, ce qui n'est pas trop mon souci, les animaux jouant rarement la comédie. Par contre, il est vrai que certains points seraient beaucoup plus facile. Il est très difficile d'estimer la souffrance ressentie par un animal, par exemple.
Pr. Théodose a écrit:
L'implication psychologique envers vos patients à quatre pattes n'en serait-elle pas considérablement renforcée, et cela ne risque-t'il pas d'aboutir à une variante de la maladie de Sachs ?
Joker, je n'ai pas vu le film ni lu le livre, et les synopsis que je lis à droite à gauche ne m'avancent pas beaucoup.
Pr. Théodose a écrit:
Accepteriez-vous de pratiquer une stérilisation sur une chienne humanisée dont la situation serait celle décrite dans l'exemple fictif ci-dessus [NDA : la BD de Rainedog présenté dans mon premier message sur les méta-animaux] ? Si non, quel serait votre argumentaire dans ce cas ou l'alternative que vous proposeriez ?
Non, je pense que c'est évident. Si les animaux venaient à disposer d'une conscience équivalente à la conscience humaine, même celle d'un handicapé mental sévère, il est logique que les règles qui s'appliquent à ces derniers, ou aux mineurs, soient les mêmes que celles qui s'appliquent à ces méta-animaux.
Je crois que la question ne peut pas être si simple. Que cherche à exprimer l'auteur de ce comic ? Une réflexion sur l'humanité et la différence, une réflexion sur la sexualité (et sur l'intolérance au sexe "déviant", quelle qu'en soit la définition, qui varie selon les époques ?), voire sur la zoophilie ? Sur le pouvoir que s'arrogent les humains sur la planète ?
Donc mon argumentaire, voilà, il n'y en a pas ! On ne stérilise pas un être conscient contre sa volonté, ou alors, sans vouloir gagner un point godwin, on retombe dans les heures les plus sombres de l'humanité !
Et l'alternative... ? Que font un père et une mère réac quand leur fils ramène son petit ami à la maison ?
[...]
À mon avis, la question majeure soulevée par l'apparition de telles créatures sera leur statut. On assisté déjà aujourd'hui à un débat sur le statut juridique de l'animal, quand sa condition d'être capable de souffrance a déjà été reconnue. Peut-on embrigader contre leur volonté de telles créatures ? En a-t-on le droit ? Les manipule-t-on pour leur faire accepter leur condition ?
Tout cela me rappelle beaucoup le livre "
Les brigades fantômes" de John Scalzi, qui explore beaucoup ces aspects avec des soldats éprouvettes.
Pr. Théodose a écrit:
Question subsidiaire : les chiens ordinaires possèdent-ils une pomme d'Adam perceptible à la palpation ? Si ce n'est pas le cas, ce critère pourrait servir à distinguer les méta-animaux de leurs congénères ordinaires.
La pomme d'adam n'est que la partie plus ou moins visible de notre larynx. Celui des chiens, de par sa position, n'est pas visible comme le nôtre, mais il a la même consistance, la même mobilité. Évidemment, il n'a pas la même forme, et cela pourrait être un critère diagnostic, pourquoi pas. Mais vue sa position, à part sur un poil ras, il ne serait pas visible même s'il était plus gros.