Conte de fées à la con, première partie

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Conte de fées à la con, première partie

Messagede Lone_Fox » 21 Jan 2005, 07:42

Pour le plaisir de tous, voici un autre griffonnage poussiéreux exhumé de mes vieux cartons (tout cela est métaphorique, bien sûr, mon disque dur est très propre). L'idée de base est très simple, abordée sur un mode humoristique et, je tiens à le préciser malgré l'usage de la première personne, pas du tout autobiographique.
Afin de ne pas vous étouffer sous le poids de dizaines de pages rébarbatives, je vais vous livrer mon conte de fées par petits chapitres, comme on le lirait à des enfants avant qu'ils s'endorment.
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Messagede Lone_Fox » 21 Jan 2005, 07:44

Conte de fées à la con

Il était une fois…
Ca s’est passé un soir d’été, il y a deux ans. Je rentrais d‘une soirée avec des potes, aux alentours de quatre heures du matin.. J’étais sérieusement cuit, et je titubais tranquillement vers chez moi dans les rues désertes. J’aime bien ces courtes heures où la ville sombre dans un demi-sommeil à peine troublé par le ronronnement lointain d’un moteur. Je marche au milieu de la rue, et là j’essaye de saisir toutes les odeurs, toutes ces sensations passagères avant que la vie ne reprenne avec le matin et ne les chasse.
Bon, d’accord, j’étais complètement bourré et je chantais des chansons paillardes, mais qu’est-ce que ça change ? Je pouvais sentir chaque nuance dans les fragrances urbaines, chaque détail de l’immense écosystème urbain. J’étais là, et j’étais heureux de vivre. Bien sûr, le lendemain matin j’aurai simplement envie de mourir, mais je n’en étais pas encore là. Je savourais simplement les derniers moments d’une soirée bien remplie, apothéose d’un moment de fête indispensable au bon déroulement de la vie étudiante. Tel un vampire, je comptais rentrer juste avant que l’aube n’enflamme la nuit orangée pour m’effondrer dans mon cercueil et sous ma couette, et ne pas ressusciter avant au moins treize heures le lendemain. Les clés tintaient dans ma main alors que la silhouette de mon repaire se détachait dans la lumière sale du lampadaire fatigué qui montait la garde au carrefour. Mes copains l’ont baptisé « le manoir de la Famille Addams » à cause de son air gothique et, pour tout dire, de son état de ruine plus ou moins avancé, selon qu’on consulte à ce sujet le propriétaire ou les locataires. Ca avait dû être autrefois la demeure d’un quelconque bourgeois arriviste qui voulait posséder un signe extérieur de richesse à la campagne ; la banlieue tentaculaire en avait fait un anachronisme qu’elle avait impitoyablement phagocyté. Finalement, incapable de trouver un locataire en mesure de payer un loyer qui couvrirait les frais en croissance exponentielle, le propriétaire avait fini par découper l’intérieur en tranches, quatre appartements pour des jeunes ou des couples peu fortunés. Je louais le plus petit, qui occupait une pièce du rez-de-chaussée à l’arrière.

Je glissai la vielle clé dans la serrure du portail et celui-ci s’ouvrit en grinçant comme dans un film d’horreur. Un film de série Z, en fait. La vielle baraque était suffisamment décrépie pour réussir dans le cinéma, mais elle n’avait définitivement pas l’air méchant. Malgré ça, la grille mettait beaucoup de bonne volonté à émettre un miaulement pas terrifiant du tout qui servait essentiellement à réveiller toute la maison. Je la fermai le plus silencieusement possible, et je sentis presque un regard de reproche dans mon dos pour avoir brisé tout son effet dramatique.
Je disposais d’une petite entrée particulière, une porte à l’arrière de la maison qui donnait sur le jardin, retourné à l’état sauvage depuis plusieurs années. Malgré leur aspect agressif, les plantes en tout genre apportaient un calme rare propice à la méditation et, le cas échéant, auraient pu occuper un bataillon de retraités amateurs de jardinage et pas effrayés par l’éventualité de disparitions inexpliquées. Prenant mon courage et mes clés à deux mains, je me lançai à l’assaut de la serrure pour un combat épique dans le noir et les vapeurs éthyliques. Après une dizaine d’essais infructueux, je réussis à ouvrir la porte lorsque les quelques litres de bière qui avaient agrémenté la soirée se rappelèrent à moi. Comme toujours, ma vessie attendait que je sois sur le pas de la porte pour se manifester. Et avec les toilettes communes à l’étage… Laissant la porte ouverte, je fis demi-tour et entrepris de marquer mon territoire aux limites de la jungle qui se rapprochait chaque jour plus près de mon foyer, histoire de faire comprendre à tout le monde à qui appartenait le quartier.
Une fois terminé, je suis revenu vers la porte. C’est là que je l’ai vu. Enfin, pas exactement. J’ai juste entendu les feuilles bruisser, j’ai senti quelque chose bouger juste à ma droite. C’est fou la vitesse à laquelle on se met à imaginer des choses ; malgré le confort et la sécurité de la vie moderne, toutes les vieilles peurs instinctives et les souvenirs du croque-mitaine remontent à la surface le temps d’un battement de cœur et d’une poussée d’adrénaline. Ca ne dure qu’une seconde, et puis on retrouve le calme serein apporté par la conscience de se trouver en face de quelque chose de connu et de maîtrisable. Sur le coup, j’ai pensé que c’était un chat, après tout ils étaient nombreux à considérer le jardin en friche comme un formidable terrain de jeux. De toute façon, défoncé comme j’étais, il était déjà parti avant que je ne réagisse. Je l’ai vu détaler comme un lièvre devant moi, et j’ai repris mon chemin en haussant les épaules. J’ai claqué la porte derrière moi et j’ai résisté à l’envie de m’effondrer tel quel sur le sol. J’étouffai un bâillement tout en allumant la lumière d’une main hasardeuse. J’étais à ce point de la cuite où les basses réalités matérielles se rappellent à vous un peu comme la gravité au Coyote de Chuck Jones. J’ai balancé mes pompes à l’autre bout de la petite pièce et je me suis effondré comme une enclume sur mon lit, tenté par l’idée de m’endormir dans l’état.

J’ai entendu une longue respiration, un souffle rauque et fatigué. Ce n’était pas un bruit puissant, ni même inquiétant, pas du tout le bruit ténu du monstre qui gratte à la porte. Mais croyez-moi, même quand on est complètement plein, ça fait drôle d’entendre quelqu’un soupirer quand on se croit seul dans sa chambre. Si ma position me l’avait permis, j’aurai sauté au plafond, mais je me suis contenté de me redresser comme si j’avais été propulsé par ressort. Et là je l’ai vraiment vue. Une petite boule de fourrure rousse sale et emmêlée, péniblement recroquevillée sur elle-même dans un coin de la cuisine. Quand je me suis approché, un balai à la main, il m’a vu et a essayé de bouger en poussant sur ses pattes arrière, se traînant pitoyablement sur le carrelage pour essayer de se cacher.

Le destin est vraiment lourd, pour ce que j’en sais. Parce que trouver un renard dans sa cuisine quand on rentre pété comme un sac à quatre heures et demi du matin, je trouve vraiment pas ça drôle.

(à suivre)
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Messagede Loupy » 21 Jan 2005, 08:35

La suite ?
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Messagede Lone_Fox » 24 Jan 2005, 22:00

(Deuxième partie)

J’étais là comme un con avec mon balai à la main, et ce truc à mes pieds. J’ai vite compris que la pauvre bête était assez mal en point et donc plutôt inoffensive, ce qui m’a tout de suite rassuré. Mais ça ne me disait toujours pas ce que je devais faire. J’ai posé le balai et je me suis assis sur le lit en jurant et en répétant « pourquoi moi ? » et toutes ses variantes : pourquoi ici, pourquoi ce soir, pourquoi ça. Sans cesser de râler, je vérifiais quand même si mon hôte n’en profitait pas pour foutre le souk dans toute la pièce. Il y avait un je-ne-sais-quoi de fascinant dans cette petite bête sauvage qui venait de faire irruption chez moi. Je n’avais jamais vu de renard en vrai et je ne suis pas précisément un amoureux des grands espaces ; la présence de cet animal était aussi troublante pour moi qu’un extraterrestre qui aurait débarqué dans le jardin, à part que l’alien ne risquait pas de pisser sur la moquette. A vrai dire, j’avais peur ; pas tant de la rage que de cette météorite rousse qui venait de s’écraser sur ma petite planète. Qu’est-ce que j’allais en faire ? Je suis resté là un bon moment à le regarder en essayant de ne pas m’endormir, savourant la phase terminale de ma cuite tout en cherchant la force de me décider à faire quelque chose.
Il était étendu sur le flanc à deux mètres de moi, sa respiration pénible emplissait la pièce, probablement qu’il avait couru pour chercher refuge ici. Sans vraiment chercher à savoir, j’ai jeté un coup d’œil qui m’a informé que j’avais affaire à une dame. C’était un bel animal ; son poil roux sombre devenait blanc sur le ventre et au bout de la queue ; j’aimais bien ses oreilles et le bout de ses pattes noires. Elle avait plutôt l’air en bonne santé, mais elle geignait de temps à autre en léchant sa patte avant droite. Probablement une énième victime anonyme de
la route…
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai eu envie de faire quelque chose pour elle. C’était à la fois mignon et triste de la voir se blottir dans un coin pour tenter de se faire oublier. Pourtant, elle savait que j’étais là, elle me jetait de longs regards de ses yeux de braise, des yeux bruns tellement humains. Avec son poil en bataille et son air pathétique, elle aurait pu faire des pubs pour la SPA ; j’étais sûr qu’elle aurait même pu émouvoir un énarque. Et elle allait peut-être mourir ici, parce qu’il n’y a personne pour s’occuper des victimes innocentes de notre mode de vie. Il y a des vétérinaires passionnés qui adorent soigner les gentils chiens et chats malades, mais finalement ce ne sont que des égoïstes, parce qu’ils ne sauvent que leurs animaux ; ils se pressent pour câliner leurs bestiaux formatés qui ne font que manger et dormir, mais il n’y a personne pour ramasser les autres, ceux que personne ne veut voir. Cette petite renarde se battait tous les jours pour survivre, et ce qui lui arrivait n’avait rien de naturel. Dès que je me suis levé, elle a arrêté de se lécher et m’a consacré toute son attention. Je me suis approché lentement, pour ne pas l’effrayer, et surtout parce que j’avais du mal à marcher droit. A vrai dire, je ne savais pas lequel des deux avait le plus peur de l’autre. Elle me regardait sans ciller alors que moi, j’avais les mains qui tremblaient, elle n’avait pas l’air d’avoir la rage, mais je savais que les symptômes n’apparaissaient qu’assez tardivement. Si je me faisais mordre par un animal enragé, j’avais gagné un aller pour l’Institut Pasteur avec billet de retour en option. J’avançais prudemment en guettant une réaction de sa part, je me suis accroupi pour me mettre à son niveau, et ça m’a fait drôle quand j’ai vu qu’elle me regardait dans les yeux depuis le début. C’était pas normal, elle aurait du regarder mes mains, mes jambes, tout ce qui bougeait et pouvait être dangereux ; alors pourquoi elle me regardait dans les yeux ? Depuis quand les renards sont capables de jauger une personne en fixant son regard ? Mais sur le coup, mes neurones imbibés d’alcool n’ont pas trouvé la question très intéressante et ont reporté leurs capacités de calcul vers la recherche d’une trajectoire ne s’achevant pas avec ma tronche sur le plancher. C’est vrai, quoi, vous avez déjà essayé de marcher accroupi avec un gramme par litre ? Finalement, je suis arrivé à cinquante centimètres d’elle sans qu’elle esquisse un geste. Je ne savais pas de quoi j’avais le plus peur, qu’elle me morde ou qu’elle prenne la fuite. Stupidement, j’ai tendu la main vers sa queue, et au moment où j’allais la toucher, elle a bondi. Enfin, pas loin ; sa patte blessée s’est dérobée sous elle et elle s’est vautrée à peine quelques centimètres plus loin. On est restés immobiles comme ça presque une minute. J’avais honte de lui avoir fait peur, je fixais ma main comme si je tenais un flingue et que le coup était parti tout seul. Il fallait changer de tactique. J’ai compris qu’elle ne bougerait plus tant que je ne la toucherais pas, et je me suis déplacé très lentement vers le frigo. Elle a frémi quand j’ai ouvert la porte, et je la surveillais tout en farfouillant à l’aveugle au milieu des victuailles en tout genre. Sans la quitter des yeux, j’ai réussi à mettre la main sur un steak haché que j’ai déballé sur le carrelage. Je pense qu’elle avait deviné le truc, parce que ses oreilles ses sont dressées, et elle a tendu la tête vers moi. Je me suis assis en tailleur et je lui ai jeté un petit bout de viande. Elle l’a longuement reniflé, et je craignais qu’elle le refuse. Finalement, elle l’a gobé et a tendu la tête vers moi. J’ai souri en pensant que malgré des milliers d’années d’évolution, on attrape toujours les filles de la même façon : lui offrir un peu de viande ou l’inviter au restau, ça a pas beaucoup changé. Je lui ai découpé le reste de la viande, et je profitais de chaque bouchée pour me rapprocher un peu. Quand je suis arrivé au bout, je me sentais un peu comme le mec dans la cage du lion qui est à court de viande pour balancer au fauve. Heureusement, mon monstre à moi a juste dressé la tête et s’est léché les babines d’un air satisfait. J’ai tendu la main, elle a tourné la tête et s’est mise à la lécher aussi. J’aurais du avoir peur qu’elle me morde, mais j’ai laissé la langue râpeuse glisser sur ma main. Avec une tendresse dont je ne me croyais pas capable, j’ai posé mon autre paume sur son échine, j’ai laissé mes doigts courir dans la fourrure rousse et lisser le poil emmêlé et puant pour lui redonner sa beauté originelle. C’était chaud et doux, je sentais son corps onduler au rythme de sa respiration, de plus en plus calme alors que sa peur fondait sous la chaleur de mon étreinte. Quand on a eu fini tous les deux, elle m’a à nouveau regardé dans les yeux. Je ne trouvais plus ça étrange. Ca a duré comme ça, heures ou secondes, avant qu’elle ne fourre le museau dans sa queue et ferme les yeux. J’ai baillé, et j’ai souri en lui jetant un dernier regard avant de m’effondrer sur mon lit.
J’avais l’impression d’avoir réussi quelque chose d’extraordinaire, un exploit intime qui ne sortirait pourtant jamais de ces quatre murs.
J’avais réussi à l’apprivoiser.
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Messagede Sundance » 28 Jan 2005, 14:46

... la présence de cet animal était aussi troublante pour moi qu'un extraterrestre qui aurait débarqué dans le jardin, à part que l'alien ne risquait pas de pisser sur la moquette.

... malgré des milliers d'années d'évolution, on attrape toujours les filles de la même façon : lui offrir un peu de viande ou l'inviter au restau, ça a pas beaucoup changé.


J'aime. :)
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Messagede Lone_Fox » 08 Fév 2005, 00:36

(troisième partie)

Mourir.
Tout ce que je voulais, c’était mourir, disparaître, brûler, être réduit à une poignée d’atomes déstructurés totalement insensibles au mal de crâne. A l’instant où j’ai ouvert les yeux, je me suis écrasé dans un monde nouveau, une réalité horrible hantée par les souvenirs de la veille passés au mixeur des rêves bancals d’une courte et inconfortable nuit, qui d’ailleurs n’avait pas rendu l’atterrissage plus doux. Le phénomène de la gueule de bois est pourtant connu de l’humanité dans son ensemble, très précisément depuis le lendemain de l’invention de l’alcool ; à plus petite échelle chacun en fait la découverte le lendemain de sa première cuite, et pourtant, ça ne nous empêche pas de remettre ça à chaque occasion qui se présente. Après tout, on boit pour oublier, que ce soit le passé ou le futur, plus précisément ce qui se passera le lendemain.
Il devait être au moins quatorze heures, je voyais ça à la façon qu’avait la lumière de pénétrer dans la pièce. Une lumière molle, vieille et fatiguée, comme si le soleil attendait sa fin de journée (c’est à ma connaissance le seul fonctionnaire qui travaille plus en été), très différente de celle de l’aube, d’abord timide, puis qui se rue avec la fraîcheur et la vigueur de la jeunesse sans qu’on la voie approcher. Mais j’aimais la façon qu’elle avait de se refléter sur sa fourrure rousse avec des reflets cuivrés et de lui rendre toute la splendeur que l’obscurité lui volait.
Je me suis levé le plus silencieusement possible pour ne pas la déranger. J’ai été étonné qu’elle ne se réveille pas ; les animaux sauvages sont pourtant censés avoir le sommeil léger, mais après tout elle avait été durement éprouvée et elle devait se sentir en sécurité ici. J’ai souri en me sentant vaguement flatté qu’elle me fasse confiance. Ma petite renarde était roulée en boule sur le carrelage, le museau enfoui dans sa longue queue, recroquevillée à l’exception de sa patte droite qui dépassait de la boule de fourrure, une discordance dans ce tableau de bonheur à faire fondre un iceberg en lui faisant répéter trente fois « comme c’est mignoooon… ».
Sans faire de bruit, j’ai péniblement rampé jusqu’à la porte, j’ai mené les recherches archéologiques de rigueur pour retrouver mes chaussures, et je suis sorti en laissant la porte ouverte. J’ai fait ça sans réfléchir, au cas où mon invitée doive sortir. Mais alors que je marchais en laissant l’air frais me guérir de mon mal de tête, je me suis dit qu’elle ne partirait pas.
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Messagede N°8 » 08 Fév 2005, 13:35

comme c’est mignoooon…
:wink:
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Messagede Rimou » 08 Fév 2005, 14:36

Pas besoin de "nègre" señor Zorro ! 8-) Super phrasé ^^
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Messagede Lone_Fox » 09 Fév 2005, 00:14

(et de quatre)

Le soleil d’été tapait déjà dur en ce début d’après-midi, rendant la banlieue grise presque jolie, brûlant ma nuque et mes yeux et me faisant regretter ma couette. Malheureusement, on a beau vivre la nuit comme un vampire… Ou un renard, songeai-je en souriant, il faut bien manger. Mon coin de béton est assez dépourvu de commerces ouverts le week-end, j’ai donc du marcher un bon kilomètre avant d’atteindre un petit supermarché. Je déteste faire les courses, et j’essaie en général d’expédier la corvée le plus vite possible ; je hais le spectacle de mes camarades d’espèce, les doigts crispés sur la poignée du caddie, déambulant dans les rayons comme des dévots venant faire acte de foi dans le grand temple du Dieu Capitalisme et de sa fille, la Société De Consommation. Surtout, parce que je dois agir comme tout le monde pendant ces quelques minutes, j’ai honte de me sentir comme eux, mouton parmi le troupeau. Mais ce jour-la, j’ai pris mon temps ; après avoir acheté mes vivres, j’ai cherché parmi les victuailles en tout genre ce qui pourrait faire plaisir a ma petite pensionnaire. Pour ce que j’en savais, les renards mangeaient des poules… Et hop, un poulet. Des ordures ? Quand même pas. Des conserves pour chien ? Pourquoi pas, après tout. Souriant pour la première fois dans ce genre d’endroit, je poussai mon caddie vers la caisse, pressé de la retrouver, inquiet de savoir si elle serait toujours la, impatient de voir si elle aimerait ce que je lui avais rapporté. J’ai presque couru sur le chemin du retour, animé d’une excitation aussi inutile qu’infantile, et j’ai laissé le portail ouvert derrière moi dans ma précipitation. J’ai laissé tomber les sacs par terre en entrant comme une tornade dans la pièce, avant de m’immobiliser pour laisser mes yeux s’habituer à la semi-pénombre. Le bruit l’a réveillée, bien sur. Elle a tourné sa tête vers moi, un regard interrogateur, un peu de peur aussi, a moins que ce ne soit que de la curiosité. Elle était toujours la, évidemment, banane. Subitement, je me suis senti très bête, a rusher chez moi simplement pour vérifier si une renarde perdue était toujours dans ma cuisine… Ca m’a soulagé de voir qu’elle était encore la, mais pourquoi donc ? La veille, j’avais maudi le destin pour ce qui m’arrivait et aujourd’hui je priais pour qu’elle reste…
Bon, peu importe. Elle devait avoir faim, donc j’ai commencé a déballer mes courses sur le sol de la cuisine juste a coté d’elle, en faisant attention de ne pas faire trop de bruit pour ne pas l’effrayer. Elle s’est juste redressée, comme pour se préparer a fuir, ou tout simplement pour suivre le déroulement de l’opération, peut-être avait-elle déjà fait le lien entre le frigo et la nourriture. Pendant que je rangeais, un léger courant d’air s’est engouffré dans un sac en plastique, lui donnant momentanément vie en le faisant voltiger dans la pièce comme un insecte fou tentant de s’envoler. Instantanément, la petite canidée a tourné la tête vers cette menace éventuelle, retrouvant ses instincts de prédateur, estimant le danger, hésitant visiblement entre la fuite et l’attaque. J’ai ri en la voyant suivre des yeux l’inoffensif objet qui voltigeait aléatoirement entre les meubles, comme un chat rendu fou par un bout de ficelle. J’ai failli m’étrangler lorsqu’elle a bondi sur l’inconscient sac qui avait commis l’erreur de s’approcher trop près d’une renarde de mauvaise humeur. Elle ne s’est pas ramassée sur elle-même avant de bondir, comme l’aurait fait un chien, elle n’a pas grogné ; elle s’est contentée de lui sauter dessus pour l’étriper, comme ça, sans aucun avertissement. Ca aurait pu être un épisode amusant de la vie des animaux, mais de la ou j’étais ça me rappelait subitement que j’avais un carnivore sauvage dans ma chambre ; et que blessée ou pas, elle restait dangereuse. C’était quand même fascinant de la voir se battre malgré sa blessure, hargneuse et gracieuse, sautant, mordant et secouant la tête de gauche a droite. Bien évidemment, les sacs de supermarché ne sont pas connus pour leurs capacités guerrières et celui-ci dut abandonner le combat après une dizaine de secondes a peine, concédant une victoire facile a une renarde toute fière, allongée sur le carrelage avec du plastique plein la gueule. Douche froide pour moi, soulagement pour elle. J’ai précipitamment ramassé les autres sacs quand je l’ai vue tourner la tête vers moi et s’intéresser aux autres proies éventuelles, et je l‘ai gardée a l’œil tout en finissant de ranger les courses. J’étais un peu refroidi, pensant qu’il me faudrait faire attention a l’avenir, me disant que j’avais été un peu rapide en l’acceptant sous mon toit. D’un autre coté, elle ne me considérait pas – plus ? – comme une menace, mais comme un ami.
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Messagede Lone_Fox » 10 Fév 2005, 16:39

Xss a écrit:Punaise, mais qu'est ce que tu écris bien, je sens que je vais devenir jaloux moi à force. :-o


Mais c'est une bonne chose ; comme ça tu vas avoir envie de te surpasser :wink:
Alors, on se le fait ce concours de nouvelles furry ? Histoire que tous ceux qui dessinent comme des pieds puissent relever la tête ?

Xss a écrit:Au fait, t'avais reçut mon email concernant une maison d'édition? Enfin, je ne sais plus si tu cherches à être édité ou non, donc je demande comme ça en passant.


En fait je n'ai jamais vraiment songé sérieusement à l'édition. Je ne pense pas avoir le niveau pour, et j'ai peur qu'un tel parcours du combattant ne me bulldoze proprement l'égo et l'envie d'écrire. Mais j'ai quand même jeté un oeil, et je vais probablement compiler deux ou trois nouvelles et leur envoyer, ça ne coûte rien. Merci pour l'info !
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Messagede Lone_Fox » 15 Fév 2005, 11:28

(cinquième morceau)

S'il est une règle universelle des courses, c'est qu'aussi extravagantes que soient les apétissantes victuailles qu'on ramène du supermarché à la sueur de son front, on ne sait pas quoi manger en rentrant. J'ai fini la partie de Tetris avec le frigo, assez longue tenant compte de la difficulté générée par les boîtes et les bouteilles dont la longueur semble avoir été soigneusement calculée pour dépasser de trois centimètres la profondeur du compartiment ou la hauteur de la porte, et j'ai commencé à préparer le petit déjeuner. S'offraient à moi, outre le fruit de la razzia des rayons, des oeufs, des conserves à la limite de la fossilisation (les lentilles et la choucroute semblent toujours plus apétissants dans le rayon qu'au moment de préparer à manger) et un reste de pain de mie. Je me décidai pour des oeufs brouillés et des toasts, bénissant le mystérieux agent chimique qui permettait de garder le pain de mie industriel consommable, à défaut d'être frais, et ce presque éternellement.
Pendant que la poële chauffait, j'en ai profité pour servir son petit déjeuner à ma pensionnaire. J'ai éventré le film plastique et sorti le poulet de son emballage ; avec sa peau glabre et pâle, tout nu dans sa barquette de polystyrène, il me faisait penser à un cadavre dans une morgue. J'ai soigneusement découpé la viande en lamelles et en dés, avant de verser le tout dans une assiette, d'extraire en panique mes oeufs de la poële où ils commencaient à brûler, pour enfin poser son assiette sous la table et la mienne dessus.Tout du long elle m'observa, et même si je ne suis pas expert en physionomie vulpine, je crus reconnaître en elle une curiosité presque féline, doublée d'une patience dont les animaux domestiques sont peu coutumiers. Reprenant la position accroupie dont je savais qu'elle me permettait d'approcher la petite renarde sans l'effrayer, j'ai saisi son repas et me suis doucement approché d'elle. Ses yeux marron semblaient toujours fixer les miens, mais ses oreilles et la posture de son corps montraient qu'elle avait repéré la nourriture, même si elle avait l'air encore prête à se défiler. J'ai pris conscience que malgré la confiance qu'elle m'avait témoignée depuis son arrivée, je devais toujours prendre des précautions près d'elle. Tout doucement, j'ai déposé l'assiette sur le carrelage et l'ai poussée vers elle avant de me retirer. Je suis resté debout à la regarder, anxieux, craignant qu'elle ne dédaigne le repas que je lui offrais. Après tout, le poulet industriel, plumé, vidé, réfrigéré et lavé, n'avait qu'un lointain rapport avec les proies, vivantes ou mortes, qui devaient constituer son régime habituel.
Elle a tendu le cou, sans se lever, approchant sa truffe pour sonder l'étrange mixture sous ses yeux. Elle a hésité un instant, puis a passé sa langue sur la viande froide, s'est léché les babines, et a commencé à attaquer un morceau avec appétit. Soulagé, j'ai saisi ma fourchette et attaqué mon propre petit déjeuner avec entrain. Avant d'enfourner ma première bouchée, je me suis immobilisé pour la regarder. J'ai secoué la tête en me rendant compte que sans savoir pourquoi, j'avais attendu qu'elle mange pour commencer.

Le repas terminé, je me suis levé pour ramasser son assiette, et j'ai été récompensé de mes talents culinaires par un léchage de babines de renarde heureuse. Accroupi, sans refléchir, j'ai tendu la main pour lui caresser la tête, et comme la veille, mes doigts se sont perdus dans le piège de la fourrure, ma volonté diluée par la douceur de sa toison. Je me suis agenouillé à ses côtés, glissant ma main sur sa nuque où je pus sentir ses muscles se relâcher et se détendre à mon contact. Un sourire se dessina sur mon visage, et je me sentis détendu à son simple contact. Elle baissa la tête et la laissa reposer sur sa patte valide, et ramena sa queue toujours bien brossée le long de son corps. Les yeux fermés, elle poussa un léger grognement de contentement que je sentis autant que j'entendis, à travers la paume de ma main sur son cou.
J'étais absorbé par le calme et la perfection que m'inspiraient cet animal, tout entier sauvage mais offert à moi, non par soumission mais par une forme d'amitié que je n'arrivais pas à définir. Tout son être semblait ne s'exprimer que par murmure, jusqu'à ce repas qu'elle avait ingéré dans un silence presque religieux, avec une délicatesse qui la rendait si lointaine, si différente de l'éxhubérance (clumsiness ?) d'un chien et même d'un chat. Tout son corps et son être exprimaient une humilité, une discrétion à laquelle ni les hommes ni les animaux ne m'avaient habitué. Comme un désir et une nécessité rare et précieuse autour de nous de traverser la vie en silence.
Elle n'aurait du être pour moi comme pour les autres hommes qu'un fantôme, une ombre courant la nuit aux limites de nos sens, dont le chemin ne devait jamais croiser le mien. Au lieu de cela, nos vies s'étaient téléscopées au détour d'une nuit, et en reprenant nos esprits après le choc, nous nous étions peut-être tous les deux rendus compte que la solitude pouvait bien s'oublier un moment. Et bien que cela fît moins d'un jour, il me semblait que le petit bout de chemin que nous avions fait ensemble en valait la peine.
Je n'étais pas sûr, à vrai dire, de la tournure que les événements étaient censés prendre à ce moment-là. Mais j'étais sûr d'avoir fait ce que je devais faire en lui venant en aide, et l'émerveillement que j'exprimais face à cette petite créature de la nuit jetée en pleine lumière sous mes yeux était une récompense bien suffisante pour mes efforts.


Voilà, plus rien dans ma manche, plus rien dans mes poches non plus ! C'est là tout ce que j'ai écrit pour le moment, je vais donc devoir m'y remettre pour terminer. Que va-t-il se passer maintenant ? Donnez votre avis, et qui sait, l'histoire pourrait aller dans le sens de vos suggestions 8-)


Dernière édition par Lone_Fox le 15 Fév 2005, 16:42, édité 1 fois.
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Messagede Juju » 15 Fév 2005, 15:01

En fait, tu pourrais presque arrêter là. Est-ce que ça importe vraiment, ce qui se passe ensuite, puisque tu viens de dire que ce qui était beau et extraordianaire, c'était la rencontre?

Sinon, ce que je peux voir comme fin, c'est que la renarde s'en retourne vers la nature et l'homme vers la civilisation, et que persiste juste le souvenir, justement, de cette rencontre :)

(ou sinon, la renarde se transforme en princesse. Mais seulement pour donner raison au titre de conte de fée à la con, alors (ce serais franchement dommage!))
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Messagede Juju » 15 Fév 2005, 17:21

Les deux se transforment en anthros! :D
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Messagede Juju » 15 Fév 2005, 21:36

X-files! Rebondissement, <i>Fox</i> Mulder découvre alors qu'il est partiellement furry aussi...

(ça y est, je crois que j'ai révélé mon identité de faiseuse de calembours à deux balles. Ah lala...)
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Messagede Juju » 16 Fév 2005, 12:53

C'est super mignon ce strip! :D Y'a même un Fox McCloud à la page suivante!

Au passage, admirez comment en quelques posts le jolie topic tout beau tout mignon de Lone-fox est parti en sucette! Laughing

o.o En effet... euh... quand même, on a posté des suggestions! *espère ne pas se faire déchiqueter pour détournement de thread*
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